04.10.2007

Ludivine - Chapitre 1

Quel sens donner à sa vie ? C’est la question que se posait Ludivine à ce moment précis. En même temps, ce genre d’interrogation revenait souvent chez les adolescents de quinze ans.

Pourtant, c’est en rentrant chez elle, après une journée de lycée comme les autres que Ludivine s’était posé le problème. Jusqu’à aujourd’hui, elle était une élève moyenne, jamais première mais jamais dernière, sauf en anglais car elle détestait son professeur, cette odieuse blondasse bouffie d’orgueil,  Madame Kowacz.

            En arrivant devant l’immeuble où elle vivait avec sa mère et sa petite sœur, elle se dit qu’elle voulait autre chose pour sa future famille. Les trois femmes habitaient dans un minuscule F3, au huitième étage d’un vieil immeuble délabré et assez mal fréquenté. Heureusement, le quartier n’était pas mal famé.

Comme tous les jours, sa mère n’était pas rentrée, travaillant comme caissière dans un supermarché à l’autre bout de la ville. Ludivine entra dans l’appartement, retrouvant avec plaisir Héloïse, sa petite sœur de douze ans. La jeune fille était attablée dans le petit coin cuisine, faisant ses devoirs tout en mangeant une tartine de Nutella. Héloïse était en quatrième, ayant un an d’avance depuis la maternelle et collectionnant les premières places depuis environ la même période. Cependant, jamais Ludivine n’avait jalousé sa sœur et les deux filles s’entendaient comme larrons en foire.

            Les devoirs terminés, Ludivine et sa sœur préparèrent le repas du soir, leur mère devant rentrer vers 20 heures, comme presque tous les soirs. La soupe prête et les pommes de terre épluchées, Ludivine laissa sa sœur surveiller la cuisson de la viande et elle gagna la chambre qu’elles partageaient toutes les deux. Elle se déshabilla lentement, ayant l’intention de prendre une douche. Passant devant le miroir, alors qu’elle était en sous-vêtements, la jeune fille s’arrêta un instant. Elle trouvait qu’elle avait un joli visage, surtout lorsqu’elle souriait, ses cheveux blonds roux cascadant sur ses épaules nues. Elle pensait qu’elle était trop grosse mais Héloïse et la balance lui disait le contraire, cette dernière affichant 48 kilos pour 1,61 mètres. Le regard de Ludivine descendit sur son corps. Son soutien-gorge blanc contenait une poitrine fort honorable pour son âge, que de nombreuses filles de sa classe enviaient en silence ou presque. Elle avait un ventre plat et rêvait de se faire percer le nombril. Elle détestait ses pieds, trop grands à son goût, mais aimait beaucoup ses jambes fines bien dessinées. Elle se retourna, regardant ses petites fesses fermes, moulées par le petit slip blanc en coton. Elle les appréciait beaucoup ces deux là et elle savait ne pas être la seule.

Toujours en sous-vêtements, Ludivine gagna la salle de bains et régla la chaleur de la douche. Puis elle ôta son soutien-gorge et son slip, se glissant sous l’eau brûlante avec un soupir de contentement.

            Lorsque sa mère rentra, Ludivine était déjà en pyjama, pantalon en toile et débardeur large sans rien dessous. Elle continuait à le mettre alors que l’on voyait une bonne partie de sa poitrine d’adolescente.

 Madame Senault était bien contente de pouvoir mettre les pieds sous la table après dix heures de travail non-stop. Elle était donc reconnaissante à ses filles de s’occuper des préparatifs du repas. A la fin, les trois femmes faisaient toujours la vaisselle ensemble puis regardaient les informations à la télé, Héloïse allant ensuite se coucher. Souvent, Ludivine discutait avec sa mère avant qu’elles aillent se mettre au lit, généralement assez tôt dans la soirée. Le plus souvent, Ludivine et Héloïse se levaient vers 6 heures 30, devant prendre deux bus pour se rendre dans leur établissement scolaire respectif, leur mère n’ayant plus de voiture depuis maintenant cinq ans.

Tous les soirs, Ludivine devait rentrer à tâtons et en silence dans sa chambre, afin de ne pas réveiller sa sœur. Cependant, la plupart du temps, Héloïse ne dormait pas encore et les deux sœurs discutaient jusque tard dans la nuit, en ressentant le résultat lorsque le réveil sonnait le matin suivant.

            Allongée dans son lit, Ludivine réfléchissait à son interrogation de l’après-midi. C’était la première fois qu’il lui arrivait de se poser la question aussi clairement. Depuis quatre mois, elle était en seconde générale dans le lycée de sa ville avec les mêmes copines qu’au collège et tout se passait pour le mieux. Ludivine se maintenait légèrement au-dessus de la moyenne, comme elle l’avait toujours fait. En même temps, elle n’avait guère le temps d’approfondir ses cours, devant aider sa mère dans les tâches ménagères depuis plusieurs années.

Son père était parti acheter des cigarettes sept ans en arrière et il ne les avait toujours pas trouvées. Depuis, les deux sœurs aidaient leur mère du mieux qu’elles le pouvaient, sans pour autant négliger leurs études. Cependant, Ludivine n’avait pas les mêmes facilités que sa petite sœur et il lui arrivait fréquemment de se coucher très tard pour finir ses devoirs.